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Presse


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Jean-Paul Louis-Lambert, revue Europe

  Numéro 1116
avril 2022


« Alors que devient l’être humain dans cette non-humaine carapace à la fois physique et cognitive ? C’est l’enjeu majeur du roman de Philippe Raymond-Thimonga. (…) Un récit qui se lit avec plaisir : dans ses différentes strates se deploie un écriture vive et légère qui entrelace jeux formels avant-gardistes et échappées métaphysiques.»

 

    En France, le roman de Philippe Raymond-Thimonga est une sorte d’ovni. En effet, le thème de « l’homme augmenté » ( ou « transhumanisme » ) n’est guère l’objet de fictions, ces lieux où la réflexion peut se développer en toute liberté. Il est plus naturel dans les pays anglo-saxons, surtout dans les littératures de genre. Grâce au « mutant », un thème propre à la science-fiction, on y croise des romanciers précurseurs qui écrivent des fables – les Anglais Olaf Satpledon et Arthur C. Clarke  ( Les enfants d’Icare, 1953, où est né le « Fœtus astral » du 2001 de Kubrick, 1968 ) et les Américains comme Lewis Padgett ( un auteur collectif Tout smouales étaient les Borogoves, 1943, traduit par Boris Vian ) ou Théodore Sturgeon ( Les Plus qu’humains, 1943 ).

    Ce thème n’est donc pas récent et les auteurs devaient imaginer une rapide mutation naturelle vers une « sur-humanité » dotée de pouvoirs supérieurs. L’arrivée de la bombe atomique et de la Guerre froide a fait croire à certains que les mutations dues à la radioativié pourraient accélérer le processus… Cette chimère s’est évanouie devant les innovations des technosciences, et s’est imposé le thème du « Cyborg » dont le modèle le plus populaire est le héros du film de Paul Verhoeven RoboCop (1987), moitié humain et moitié robot ( mécanique + électronique + intelligence artificielle ), outrepassant une mort annoncée en devenant un invincible augmenté. C’est ainsi qu’on a vu s’incarner les dons des mutants : immenses capacités corpo-relles, intellectuelles, et immortalité.

   Or, depuis les années soixante-dix s’est développée la Toile, et conjointement l’impression que chaque esprit humain pouvait se connecter à un grand nombre d’autres esprits – les mutants de la science-fiction n’étaient-ils pas télépathes ? La télépathie n’existe pas, mais les réseaux informatiques existent. Alors que devient l’être humain dans cette non-humaine carapace à la fois physique et cognitive ? C’est l’enjeu majeur du roman de Philippe Raymond-Thimonga.

    Pour explorer un tel sujet on peut présenter des analyses abstraites, mais l’auteur a choisi d’écrire une fiction qui s’appuie peu sur la science-fiction mais beaucoup sur le cinéma – cet art ou «  le réel ressemble à s’y méprendre à sa fiction » – et sur sa mythologie, surtout celle qui s’est développée en Californie avec un « âge d’or » parfois finement artistique, souvent cruellement industriel, qui a son sommet dans les années cinquante. Mais quel lien existe-t-il entre « l’usine à rêves » d’Hollywood et les technologies développées par la Silicon Valley qui façonnent notre réel ? Dans le roman, la cinglante réponse est donnéée via la fameuse commère Hedda Hopper : « Hollywood n’est pas une entreprise destinée à fabriquer des rêves : mais des hommes réels ».

    Dans cette perspective, Philippe Raymond-Thimonga se focalise sur la carrière d’une icône du cinéma, Ava Gardner, qui explose en Femme fatale en 1946 dans Les Tueurs, film adapté d’une nouvelle d’Hemingway et tourné par Robert Siodmak, un cinéaste allemand émigré, formé dans les studios de cinéma de la UFA à Berlin ( les meilleurs du monde ). De 1951 à 1954, Ava est au zénith de sa carrière ( Pandora, Mogambo, La Comtesse aux pieds nus ).

    Dans Adrian AE, en 1953, un jeune scénariste italo-viennois, Adan Experinger ( bientôt renommé Adrian Experi ), travaille sur un scénario avec un autre émigré viennois venu de la UFA, le célèbre Fritz Lang, qui venait de tourner Le démon s’éveille la nuit, non avec Ava, mais avec Barbara ( Stanwick ) et Marylin ( Monroe ). Près de 80 ans plus tard ( notre futur proche ) se déroule le projet « Adrian et les Visiteurs ». L’éternellement jeune ex-scénariste, devenu un homme augmenté à la psychée retouchée, désinconscientisée, modifiée pour paraître naturellement capricieuse, participe à une expérience. Survéillé par deux ingénieurs qui examinent en continu ses pensées, ses souvenirs et ses divagations, Adrian se souvient de cette année 1953. Le jour, il scénarisait avec Fritz lang et, la nuit, il fréquentait le « L.H.B. ». Dans cette luxueuse maison close, connue pour ses sosies de stars, se déroulaient ses amours clandestines et passionnées avec une certaine « Ava », tandis que d’autres fréquentaient des « Gene » ou des « Rita » aussi belles que les vraies, à moins que les « fausses » et les « vraies » ne soient pas celles que l’on croit.

    Mais cette porosité entre le vrai et le faux ( avec ce qui a dû véritablement arriver à la fiction que la mémoire a reconstruite ) ne deviendra-t-elle pas le fatal destin des cyborgs / augmentés ? Leur vie risque bientôt de paraître longue, trop longue. A nous, visiteurs du laboratoire et lecteurs du roman, l’auteur pose de multiples questions et nous laisse librement y répondre, avec un récit qui se lit avec plaisir : dans ses différentes strates se deploie un écriture vive et légère qui entrelace jeux formels avant-gardistes et échappées métaphysiques.

Jean-Paul Louis-Lambert


Revue Europe, 1116, avril 2022

Revue Europe
 
Revue Europe

 

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Valérie Rossignol, "Quinzaines"


Un roman d'anticipation philosophique
27 janvier 2022


Adrian AE
est un livre d’anticipation philosophique. Imaginer une société du futur est un pari risqué. On ne peut se la représenter sans envisager les pires scénarios, comme si la dystopie était inscrite dans les représentations de l’avenir. La littérature entre en conflit avec la notion de progrès tel qu’on le connaît aujourd’hui. Le progrès, autrement dit l’absence de limite dans l’évolution du numérique et de l’intelligence artificielle, offre des perspectives peu réjouissantes pour qui aime la nature, la créativité et même Dieu.


Oser écrire à ce sujet, c’est nécessairement trouver une justesse de ton pour ne pas verser dans une écriture noire, froide et apocalyptique et concevoir une vision engagée, mettant au jour des questions essentielles portant sur la souffrance, la mort et la vieillesse mais aussi l’amour et les croyances. Cette réflexion métaphysique, Philippe Raymond-Thimonga sait la conduire grâce à une écriture du jeu, parfaitement orchestrée, et à l’élaboration d’une forme qui ne cesse d’évoluer pour ouvrir le champ des possibles.

Le jeu consiste avant tout à impliquer le lecteur, qui participe à l’élaboration de l’histoire. La quatrième de couverture la résume ainsi : « En 1953, dans une célèbre maison close de Los Angeles, un jeune scénariste, Ad, collaborateur de Fritz Lang, rend visite à la plus belle femme de son temps : Ava Gardner. Plus tard, dans un futur proche, au sein d’un laboratoire une voix nous interpelle pour nous faire de troublantes confidences… sous la surveillance et le contrôle de deux observateurs impliqués dans ce qu’ils nomment " le projet Adrian " ». Dès le début, le lecteur est pris à partie, considéré comme un interlocuteur auquel Adrian, Monsieur Experi, Adrian Experinger, Adan ou Adi, le même personnage, s’adresse  :  « Je m’adresse à toi car je sais que tu vas me comprendre ». Ce dialogue fictif est important puisqu’il conditionne la nature de l’objet littéraire. Le lecteur sourit, connaît ce procédé créant l’illusion que la fiction est réalité et qu’il pourrait la rejoindre, et peu à peu voit son rôle dans le livre évoluer au point de devenir lui-même un « visiteur ». C’est faire de la fiction un médium pour pénétrer au cœur d’une situation inextricable.

En effet, Adrian s’adresse à nous depuis une maison contrôlée par deux chercheurs qui l’observent. Adrian est aussi le scénariste ayant écrit le film Adrien et les Visiteurs, pour lequel il espère qu’Ava Gardner tiendra le premier rôle. Ce qui se passe avec elle fait partie de souvenirs remémorés ou « imageries » analysés par les chercheurs. Et, ce procédé d’enchâssement, de mises en abîme visuelles et temporelles fait la saveur du livre à suspense. Les indices sont posés, graduellement, de façon à nous permettre de résoudre les énigmes. La superposition des niveaux d’énonciation multiplie les interprétations possibles, du point de vue narratif : qui sont ces personnages, que font-ils exactement et dans quel but ? et du point de vue philosophique : où le narrateur veut-il en venir ? Tout est mirage et contre-mirage, en particulier la voix d’Adrian qui s’adresse à nous. Ecoutée par les chercheurs, elle perd de son omniscience. Sans cesse approfondie, elle est supplantée par celle du narrateur auteur, qui a le souci de nous guider au cœur d’une réflexion essentielle sur l’intelligence artificielle.

Si Adrian n’était plus vraiment un homme, mais un être capable d’échapper à la mort et à la vieillesse, à quelle condition peut-il vivre ? Si son existence dépend de la recherche, qu’en est-il de sa liberté ? Philippe Raymond-Thimonga n’écrit pas seulement un livre de science-fiction, il pose les jalons pour permettre une prise de conscience sur les effets délétères du transhumanisme.

« Un vivant dénué de mortalité c’est toujours du vivant ? J’en viens à me demander comment il serait possible de ne pas glisser de la réparation sans limite du vivant à la restauration illimitée d’un mort… comment ne pas glisser de la réparation du vivant à son extraction de la vie et de la mort… au prolongement d’un être… ni vivant ni mort… à la préservation d’un… Non-Mort ? »

La savante construction du récit intègre une dimension morale et spirituelle de plus en plus puissante. L’auteur va chercher les points névralgiques d’une société dangereuse par sa volonté de ne plus souffrir, par sa soumission à l’intelligence artificielle et par son aptitude à contrôler ce qu’elle produit techniquement, sans jamais être soumise à un regard extérieur, omniscient et lié au sacré. La nature est perdue. Elle n’a plus de rôle. L’amour se fraie un chemin difficile.

« Toutes les villas à L.A. sont imitations. Je me souviens de m’être fait la remarque, roulant le matin entre Parker Lane et Brentenwood, ce détail m’avait frappé. Et j’y repenserai souvent lorsque je me demanderai plus tard s’il était possible de vivre un amour vrai cerné par tant de simulacres et de faux-semblants. »

Si les hommes parviennent à transformer leur organisme au point que celui-ci ne puisse plus souffrir, ni même mourir, si les hommes laissent l’intelligence artificielle les détourner de leur condition d’homme, au point d’éliminer les épreuves de la vie, que devient l’existence ? Une race de robots pourrait-elle supplanter l’humanité, perdue à jamais ?

« Une espèce enfin rationnelle gérant objectivement son univers… tu la vois s’épanouir sous la lentille de ton microscope… cette nouvelle espèce… Non ? Non tu ne la vois pas. Tu ne la distingues pas car l’humain n’a jamais pu vivre sans plus grand que lui. Toujours il eut besoin de lever les yeux vers une lueur. C’est simple, il ne sait pas vivre en ne faisant que s’ajuster à ce qu’il est. Vivre sans se dépasser, il sait pas. (…) À chacune de ses époques il a vécu relié à un plus grand. Quel que soit le nom et les visages qu’on lui donne. Et s’il est vrai qu’à l’origine humanisation et transcendance sont indissociables : il se pourrait que le matérialisme radical ne soit qu’une autre forme de transcendance. Et pas la moins redoutable. » 

Cela, l’auteur le prouve non par le discours mais par les ressorts de la fiction. La structure même du récit lui permet de culminer vers le point le plus abouti du monde rêvé par la machine ; au lecteur-visiteur de voir le rôle qu’il aura envie de jouer dans ce monde-là. Ici, le réel rejoint la fiction autant que la fiction invente l’avenir. L’œuvre, patiente, construite, ne cesse de s’ouvrir sans jamais renoncer au jeu et la quête du langage le plus précis et le plus abouti en fait partie. Philippe Raymond-Thimonga gagne l’enthousiasme de son lecteur par le renouvellement d’anecdotes drôles, par une écriture métonymique qui puise dans les références du cinéma de quoi se justifier, par le choix du mot juste, par la précision de la formule, de sorte que l’esprit de mauvaise foi ou le mauvais joueur ne puissent contredire l’énonciation d’un projet éminemment humain, altruiste et éclairé.

 
Valérie Rossignol


Quinzaines N° 1242    Lettres, Arts et idées
 


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Alphonse Cugier, "Liberté Hebdo"


Désirs de star et futur machiné
18 février 2022

    Hollywood 1953, lors d’une réception où se retrouve ce que le cinéma compte de vedettes, celle qui est attendue, miracle d’un mirage, c’est Ava Gardner, déesse d’une beauté sculpturale, la star mythique par excellence et qui a rarement été au cinéma autre chose qu’elle-même, « terriblement humaine et vulnérable », Comtesse aux pieds nus ou Pandora. Elle apparaît sublime dans son fourreau vert, captant tous les regards, en particulier celui d’Adrian Experinger qui tarde à livrer à la MGM le scénario qu’attend le réalisateur des Mabuse, Metropolis et M le maudit, Fritz Lang qui a fui l’Allemagne nazie.

    Ava Gardner parvient à obtenir un aveu d’Adrian, il lui a réservé dans le film Adrian et les visiteurs, le rôle de la femme aimée, véritablement aimée. Des années plus tard, au sein d’un laboratoire situé dans le désert des Mojaves au sud du Nevada, deux ingénieurs observent, notent et analysent Adrian. Le lecteur, se croyant libre, se trouve impliqué dans le dispositif. Le roman est composé de courts chapitres enlaçant les vies imaginaires d’Ava et d’Adrian, et alternant deux mondes en apparence imperméables l’un à l’autre : d’une part Hollywood, ses fards, simulacres, faux-semblants et son échotière Hedda Hopper qui soutient la chasse aux communistes organisée par le sénateur McCarthy et qui précise qu’« Hollywood n’est pas une entreprise destinée à fabriquer des rêves, mais des hommes réels » ; d’autre part la Silicon Valley, ses calculs glaçants et son « rêve de la fabrication d’un homme réel ».

 

Passion et techniques de surveillance

 

    L’auteur, qui s’adresse en permanence au lecteur, joue de tous les ressorts du romanesque afin de cerner ce monde de fantômes, de se livrer à une analyse spectrale de Los Angeles, la Cité des Anges, et d’explorer cet univers de la mathématique et des algorithmes aux pouvoirs de plus en plus étendus et performants dans le domaine de la surveillance et du contrôle de l’être humain, transformé en animal de laboratoire, jusqu’à mettre en scène sa vie privée (l’auteur citant entre autres Les Mille yeux du Docteur Mabuse réalisé par Fritz Lang en 1960).

    Des stars, leurs doublures ou leurs clones… Une impression de réalité se dégage paradoxalement de l’illusion qui fonctionne à plein. Emboîtement de récits, mise en abyme, tourbillon d’images, énigmes accompagnées d’indices… Philippe Raymond-Thimonga captive, maîtrisant cette construction savante dotée d’une vision acérée, et réussit le tour de force d’inventer dans la fiction, d’articuler un Hollywood « augmenté » et un centre de recherche, l’imagination et l’expérimental, et ainsi parvenir à pointer la progression fulgurante et irrésistible du numérique et de l’intelligence artificielle. Vertigineux et effrayant.


 Alphonse CUGIER


Article de Alphonse Cugier dans "Liberté Hebdo"

Liberté Hebdo
 
 
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Henri-Charles Dahlem, " Ma collection de livres "

Chacun cherche son Ava
19 janvier 2022


Dans un vertigineux roman, Philippe Raymond-Thimonga nous entraîne dans le Hollywood des années 50 avant de plonger dans un laboratoire de recherche. Et entraîner le lecteur à jouer un rôle inédit.

 
 
   Tout ce qu’Hollywood compte de vedettes semble s’être donné rendez-vous chez Lore H. B. en ce jour de 1953. Celle qui se fait encore un peu désirer est la grande Ava. Mais quand elle débarque dans son splendide fourreau vert, tous les regards convergent vers elle, à commencer par celui d’Adrian ou Adan Experinger, scénariste pour la Metro et qui essaie depuis des mois d’écrire le film que lui réclame la major. Et qu’attend le réalisateur de Metropolis, M le Maudit et Mabuse, le grand Fritz Lang. Pour l’heure cette œuvre sublime, forcément sublime, s’intitule Adrian ou encore Adrian et les visiteurs. Pressé d’en dire plus par Ava, Adan lui lâche qu’elle aura le rôle de la femme aimée, comme aucune femme n’a jamais été aimée. Que pour le rôle masculin, ils pensent à Cary Grant, Montgomery Clift ou Dana Andrews, que pour le scénario il pourrait être rejoint par Alfred Hayes et l’écrivain australien Alec Coppel. Quant à la photo, elle pourrait être confié à Jack Cardiff, celui de Pandora ou encore des Amants du Capricorne. ( Ouvrons ici une petite parenthèse pour indiquer qu’Alfred Hayes est aussi au centre d’un autre roman qui paraît en cette rentrée et dont je vous parlerai bientôt. Il s’agit de À la recherche d’Alfred Hayes de Daphné Tamage. )
 
    Pendant tout ce temps, dans le Désert des Mojaves au Sud du Nevada, un laboratoire analyse tous les faits et gestes d’Adrian, passé de Maître de recherches à objet d’études. Toute observation, toute idée émise, tout mouvement est passé au crible par deux ingénieurs soucieux de comprendre. Le roman, dans lequel le lecteur est alors appelé à jouer aux côtés de l’auteur son rôle de démiurge, va basculer vers la science-fiction, passant de la Cité des anges à la Silicon Valley dans une étourdissante réflexion sur les rapports entre réalité et fiction, entre création et interprétation, entre découverte et réappropriation. Si Adrian et les visiteurs n’a jamais été tourné, de nombreux films ont en été directement inspirés. Et aujourd’hui chacun cherche son Ava. Vertigineux !
 

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Henri-Charles Dahlem sur Focus Littérature

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Chronique de Caroline David, "Caro magik books"
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30 janvier 2022
 

Adrian Illustration
 
 

    Adrian AE ou l'expérience Adrian et une sacrée expérience pour son lecteur. Alternant passé, moments passés avec le sosie de la star hollywoodienne Ava Gardner dans une maison qui attirent ses clients grâce à des sosies de stars du Hollywood des années 50, et futur où Adrian ( est-ce toujours le même ? ) explique la progression de AI ( l'Intelligence Artificielle ) sur le futur de l'Homme, ce roman est complexe mais diablement intéressant et je me suis pris une belle claque à la fin. De simple lecteur nous devenons acteur de ce roman.

    J'ai eu envie de lire ce roman car le Hollywood des années 50 est une période qui me fascine. Tout en glamour c'était aussi une gigantesque machinerie où tout était mis en scène, jusqu'à la vie privée de ses acteurs et actrices.

  Adrian est un jeune homme, tout juste embauché pour aider le génialissime Fritz Lang, réalisateur du mythique "Métropolis", où là encore on parle d'AI et du culte que l'homme lui rend. Un visionnaire ce Fritz Lang. Adrian se rend donc à une soirée pour rencontrer le sosie d'Ava Gardner. Mais est-ce vraiment son sosie ou la véritable Ava Gardner, lassée de jouer le jeu d'Hollywood, elle qui vient du fin fond de l'Amérique et dont le langage sans fard, franc et parfois ordurier est loin de son image de femme fatale ?

    Le roman alterne entre discussion entre Ava et Adrian, notamment sur cette superbe illusion qu'est le cinéma, et un futur où Adrian, toujours jeune, parle de la création de l'AI par l'Homme, qui n'avait même pas complètement explorer sa propre intelligence. Il parle des dérives de celle-ci et des conséquences qu'elle a eu sur l'Homme. A force de tout vouloir, jusqu'au point de 'vivre' les films qu'il voyait ou les livres qu'il lisait, l'Homme s'est enfermé dans un monde de mirages. Plus encore, voulant fuir tout sentiment trop intense, toute colère, tristesse ou frustration, bref, ce qu'on appelle les émotions négatives, il a laissé, semble t'il, l'AI prendre l'entièreté de ses émotions pour ne plus souffrir.DMais le Adrian du futur est sous surveillance car ses pensées semblent trop subversives  pour ce monde hyper contrôlé. C'est aussi un animal de laboratoire qui reçoit des visiteurs avec lesquels il discute de son passé et de ce qu'il pense de l'Homme du futur.

    J'avoue que je ne m'attendais pas à ce que le roman prenne cette direction et quelle claque à la fin quand, alternant souvenirs et réflexions sur le Nouvel Homme, Adrian s'adresse, non plus seulement à ses visiteurs, mais directement au lecteur. Lecteur qui peut être passif dans une histoire, parfois complice, parfois manipulé, mais depuis des années que je lis j'avoue n'avoir jamais été ainsi apostrophée lors d'une lecture ! Cela m'a amenée à de très nombreuses interrogations, m'a complètement prise par surprise et je le redis, je ne m'attendais pas à une telle claque. J'ai eu l'impression qu'Adrian me mettait face à mes responsabilités car, pour l'instant, l'AI n'a pas encore pris tout l'ascendant sur notre vie. C'est mon interprétation du livre, peut-être que je me trompe, peut-être pas. En tout cas il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur ce roman pourtant court mais intense, beaucoup de questions à se poser et j'espère ne pas avoir trop détourné ou mal compris les propos de l'auteur.

    Il faut effectivement "entrer" à tête reposée dans ce roman mais il en vaut vraiment le détour et clairement vous surprendra. Je vous le conseille, de toute façon, très fortement. Il y a longtemps qu'un roman ne m'avait pas autant bouleversée !





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Nouveau compte rendu de Caroline David sur sa Chaïne Youtube,
14 février 2022
  
 
" Un roman particulièrement bien écrit,
 dense et passionnant :
une claque. "



Caroline David
 

Nouveau compte rendu par Caroline David sur Youtube ( Extrait )
 
 

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Evlyne Leraut , "L'élégancedeslivres"

24 janvier 2022


    Original, contemporain, « Adrian Æ » est une subtile analyse toute de contrastes. Deux mondes qui vont s’entrechoquer, puis se rassembler telles des poupées gigognes. Ce récit est passionnel d’un côté et absolument cartésien et expérimental de l’autre.

     L’incipit donne le ton.
   « Adrian Experi, dit Ad, Adan, Adi ou simplement monsieur Experi n’eut pas la vie facile. Ni simple, ni désirable, ni même non désirable sa vie ne fréquenta aucune frontière connue et c’est pourquoi elle continue à nous surprendre, d’habiter nos mémoires, longtemps, très longtemps avant qu’elle n’ait commencé. »

    L’histoire cinématographique est quasi chirurgicale.

    En 1953, à Los Angeles, Adrian a rendez-vous avec Lore H.B. afin de dévoiler son scénario. Ava Gardner est attendue également. Nous sommes dans une ambiance feutrée entre murmures, attirances, la gestuelle douce et l’aura d’Ava Gardner sublimée.

   Dans l’autre versant du roman ( on passe de l’un à l’autre sans difficulté aucune ), le « projet Adrian » va être élaboré par deux observateurs. « Un jour advient, disais-je, où la machine pourra mieux s’exprimer que l’homme et finira par être reconnue comme la seule gardienne authentique de son langage. Enfin. »

 Ce roman habile, intuitif, pragmatique démonte les diktats cinématographiques. Le laboratoire expérimental est la mécanique et les rouages des fonctionnements intérieurs. Tout ceci est très mathématique et futuriste.

   Philippe Raymond-Thimonga est le scrutateur. Il tire aussi les ficelles de ce récit profondément intelligent.
 
   Entre la passion et la réalité, le corpus avant-gardiste, les entrelacs d’une histoire tirée au cordeau.
La dualité entre l’homme révélé et l’homme transmué par les nouvelles technologies.

    Ce roman est éclairant, moderne. Une mise en abîme grand écran.



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L'élégancedeslivres"
 


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Nikola Delescluse – Paludes – Radio Campus Lille

Chronique du 21 janvier 2022
 

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Claudine Bergeron, " Les Notes - Choisir et Lire "
20 décembre 2021
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    Adrian Experi, aspirant scénariste, collaborateur de Fritz Lang dans les années 50, rencontre Ava Gardner dans une luxueuse maison close de Los Angeles. Un coup de foudre, une attirance réciproque et sincère dans les mirages d’Hollywood, une aventure brutalement interrompue. Une ellipse temporelle plus loin, le même Adrian se retrouve dans un centre de recherche sur l’Intelligence Artificielle de la Silicon Valley, objet d’étude ou cobaye …

   Cet étrange roman se construit autour d’une faille temporelle, à moins qu’on imagine que le « cas Adrian » étudié dans le Nevada inclut l’année 1953. Le héros-narrateur de l’histoire dialogue depuis la première page avec un double, une autre occurrence de lui-même, peut-être… De quoi décourager un lecteur en mal de cohérence ! Pourtant cohérence il y a : celle de la métamorphose de l’homme, incertain, imprévisible et mortel en une entité virtuelle sans aléas, le passage de la Vie à la « Non-mort ». Au cœur d’une évolution qui ne doit plus rien à la nature, une révolution inconséquente ! Le sujet est abordé ici à la manière des cinéastes auxquels se réfère le romancier, de Fritz Lang à Hitchcock, dans une fiction anticipatrice qui joue avec les codes, générique compris. Dans cet espace imaginaire, le romancier ne joue-t-il pas aussi sur les fantasmes de bien des lecteurs, prêts à se perdre dans l’illusion quand elle a la beauté d’Ava Gardner ?


C.B et J.G

Les Notes - Article du 20 décembre 2021



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 Amélie Collard,  " Bruxelles Culture "
5 décembre 2021

   
    Au cours des années 50, Ava Gardner est au sommet de sa beauté.
Elle vient de divorcer de Frank Sinatra et le cinéma lui fait les yeux doux. Adrian Experi vit des moments intenses. Une expérience est menée autour de sa personne dans un laboratoire situé dans un avenir proche. Un projet d’ailleurs baptisé « Projet Adrian ». Pourtant, tout laisse à croire qu’il est un homme ordinaire, sans histoire. Bref, un quidam ! Ce roman signé Philippe Raymond-Thimonga nous propose une réflexion sur le rôle de l’image fabriquée, qu’il s’agisse des icônes ciselées par le miroir d’Hollywood ou des personnages d’aujourd’hui conçus à partir de processeurs ou de technologies de pointe.
     Il s’ensuit un roman qui mélange deux époques et qui suggère
un jeu de funambule, non sans mystères ni humour, mené avec brio par un auteur sachant ménager les rebondissements, susciter le suspense et donner l’envie de poursuivre une aventure amorcée sur un ton de science-fiction pour nous inviter à des confidences troublantes.
  Le récit est à la fois détourant, terriblement imaginatif
et complètement inédit.



Amélie Collard
 
Bruxelles Culture - Numéro du 5 décembre 2021