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Presse
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Thierry Durand, The French Review, (USA),
octobre 2017

 
        « L'interrogation sur Dieu et l'inquiétude spirituelle dont elle est une expression ne sont pas rares chez les romanciers français contemporains. Deux romans en particulier, Ressemblances de Philippe Raymond-Thimonga et L'enquête de Philippe Claudel, mettent cette question au centre de l'intentionnalité qui les anime, et ce, à travers une mise en scène remarquablement similaire et originale. Dans les deux récits, en effet, notre modernité se trouve figurée dans un Dieu non pas caché, absent ou mort, mais étrangement mis hors service, démissionné, et qui, témoin d'un monde à la dérive, se vit lui-même  comme  dépassé.  Tout se  passe dans les deux récits comme si Dieu n'était plus que l'ombre de lui-même, et cette ombre n'est pas celle, nietzschéenne, de  la  rémanence " énorme et effrayante " des transcendances mais l'image d'un monde obscur à lui-même. Cet article ne prétend certes pas analyser la solidité théologique des positions respectives des deux romanciers - c'est là un domaine qui dépasse les compétences de l'auteur ­- mais propose d'explorer comment deux lectures romanesques exemplaires d'une angoisse contemporaine, et inspirées toutes les deux par la perspective d'un divin désinvesti, vont cependant révéler deux visions profondément différentes d'un même monde déspiritualisé. C'est la figuration, non dénuée de paradoxe, de l'effacement du sens ultime chez Claudel et Raymond-Thimonga que cet  article propose d'examiner. »

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    « Dans Ressemblances, c'est Dieu Lui-même qui se remet en cause. Cette stratégie romanesque (...) pose ainsi la question d'un "après Dieu" qui demeure tout à fait étrangère à la problématique pascalienne qui est celle de Dostoïevski : douter en Dieu. Dans le cas de Ressemblances, Dieu se révèle à lui­ même comme l'insupportable image d'une création mauvaise : défiguré par le reflet que l'humanité lui renvoie de lui-même, Dieu donne son congé, comme un auteur de roman qui ne parviendrait plus à se reconnaître dans la monstruosité de ses personnages mais qui doit bien se dire que quelque part ils le représentent, lui et sa part d'ombre. »

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          « Sans doute peut-on donner aux récits de Claudel et Thimonga une interprétation durkheimienne : les dieux meurent, explique Jacques Bouveresse, " quand les peuples meurent, parce qu'ils ne sont que 'les peuples pensés symboliquement' ". Mais les deux romans sont plus ambitieux : c'est le divin comme mythe qui ne fonctionne plus ; la machine à faire des dieux est cassée. (...) Chez Raymond-Thimonga et Claudel, le récit fondamental, désormais, ne porte plus sur la mort de Dieu mais sur sa fiction comme témoignage à l'instruction du procès de l'espèce humaine. Ramenée sur terre  où  elle  est  née,  la  figure divine se défait ainsi à l'image d'un homme démythisé et qui, après des millénaires de consolations métaphysiques, se retrouve face au mystère têtu et obscur de sa propre contingence et de son indéniable propension au mal. »

Thierry Durand

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Lakis Proguidis, La N.R.F., avril 2001, n° 557. 

    «  (…) Or, Ressemblances, de Philippe Raymond-Thimonga, publié en 1997, a dores et déjà perturbé l’harmonie, contesté nettement l’idée dominante d’une humanité en train de redécouvrir Dieu. Vincent Lauze, le héros de ce roman à la fois réaliste et métaphysique, comme est à la fois réaliste et métaphysique le visage humain ou un beau paysage, est ce Dieu qui se réincarne, qui revient parmi nous comme un humble citoyen. Mais il ne veut plus rien. Ni nous guider. Ni se donner en exemple. Ni débattre avec le diable. Ni espérer. Il veut disparaître à jamais. Il est fatigué. Il se concentre sur son seul effacement. Et, finalement, dans des scènes où s’équilibrent parfaitement la cocasserie et le drame divin, sa dernière œuvre risque de s’acccomplir…

    C’est ce Dieu looser, ce Dieu en panne de dessein, ce Dieu sans désir de création, ce Dieu qui meurt comme le font de nos jours certaines espèces d’animaux menacées, ce Dieu qui s’éclipse sous les yeux de la femme – car la métamorphose ultime du cosmos se déroule à l’intérieur du regard englobant d’une figure féminine –, ce dieu qui, peut-être, se laisse anéantir par les pulsions biologiques, c’est Lui qui est le seul vrai, le seul qui correspond à notre expérience concrète, tandis que tous les prétendus retours du sacré ne sont que de l’air béni pour les fatigués de la pensée. A noter que le roman de Philippe Raymond-Thimonga constitue, à sa manière, un magnifique exploit formel. Il ne saurait en être autrement : on n’attrape le réel romanesque que par des formes originales.  »

Lakis Proguidis



Libération, 20 mars 1997.

    « Dieu descend dans un hôtel de province sous un faux nom choisi dans le bottin, protégé par la concierge il dort toute la journée et ne prend pas ses appels. Un commissaire, un cardinal et même le diable s’interrogent sur sa présence. (…) Toutes ces bonnes âmes parviendront-elles à éviter son suicide ? »



Fabienne Casta-Rozaz, La Vie, 10 juillet 1997

   
« Un inconnu descend à  l'hôtel de Mai dans la banlieue ouest. Hôtel banal, banlieue ordinaire. Le visiteur en revanche, Vincent Lauze, l'est moins. Et pour cause. C'est le seigneur lui même, redescendu sur terre pour méditer sur sa propre disparition, ainsi que le devenir d'une humanité décervelée... Une agitation fébrile gagne bientôt la petite bourgade tranquille. Un cardinal envoyé par le Vatican, un officier de police intrigué et bien sûr le diable lui même - trop lié à Dieu pour ne point s'alarmer de son extinction -, s'affairent bientôt autour de l'ombrageux personnage.

    Métaphysique, ironique, cruel, un roman qui nous interroge sur la création, ou cette " lumière folle d'un astre mort ".
 »


Fabienne Casta-Rozaz



Thomas Dreneau, Revue Arès, 9 mars 2011.

    À l’instar de l’œuvre multiple de Éric Bénier-Bürckel, chaque livre de Philippe Raymond-Thimonga se présente comme une nouvelle expérience littéraire. Aussi original qu’impressionnant de par sa complexité, Ressemblances étonne encore le lecteur qui, comme moi, a lu tour à tour Domino (2006) et L’Avancée (2008).

   Or, il est impossible de trouver une quelconque « ressemblance » entre ces trois romans ; tant leur construction apparaît comme radicalement distincte d’un point de vue structurel. Alors que Domino semblait être l’histoire de plusieurs personnages, alors que L’Avancée démontrait une tentative de fondre le lecteur dans un récit où réalité et fiction se confondaient, Ressemblances demeure centré sur le héros/l’antihéros, Vincent Lauze.

  Individu-fantasme au sein de la communauté, énigme tout particulièrement pour l’ecclésiastique argentin Aurelio Esteban de la Puerta et pour le commissaire Marc Anker, Lauze attire ainsi la vindicte de l’Église et du diable, c’est-à-dire du bien et du mal, dans sa tentative de toucher, par l’imaginaire, l’être humain vivant. En résumé, et comme le remarque le Malin, Lauze tend à rejeter le primat de l’esprit, cette volonté proprement théologique de hiérarchiser l’Être, parce qu’il veut avant tout découvrir la Vérité.

   Enfermé dans son hôtel, et ne le quittant donc que pour de rares promenades, Lauze exprime l’angoisse de l’être humain (l’auteur?) contraint peu ou prou à la solitude. Il reste l’objet de la convoitise des uns et des autres, mais aussi et surtout le témoin de personnes (la propriétaire de l’hôtel, Mme Rolland la réceptionniste, Diane Capella,…), dont la présence fugace impose également à chacun le mystère.

  Cependant, vers quoi cette singularité de Vincent Lauze conduit-elle? N’y a-t-il pas une seule issue possible pour l’Homme tel qu’en lui-même? Bref, le suicide demeure, au final, l’objectif de cette interrogation obsédante. Par ces quelques passages proférés par « la chambre » qui jouxte celle de Vincent Lauze, s’affirme peu à peu la mort laquelle va engloutir le corps dudit Vincent Lauze réduit à l’état d’ombre.

  L’incompréhension, le rejet de Lauze par l’Église, et même la clochardisation de ce dernier, ne sont que les principales étapes jusqu’au saut ultime que l’on ressent déjà, mais sans le connaître…

Thomas Dreneau
 


Podobenstvi Dauphin, (Prague).  
Pavel Kotrla,
Texty, septembre 2002.

    « (…) La façon dont le livre est écrit est curieuse et étonnante à la fois. Peut-être qu’après de multiples lectures, nous pourrions mieux distinguer la simplicité du texte, qui ne possède ni figures stylistiques ni digressions inutiles. Par sa seule narration lapidaire, l’auteur poursuit son objectif. A lui seul le thème suffit à attirer la curiosité du lecteur et à garder son attention. A l’aide d’un style personnel et original, l’auteur a réussi à décrire l’isolement d’un Dieu qui ne souhaite qu’une chose : quitter son existence en paix. (…) Ce qui mérite l’attention est le fait que la critique française considère l’œuvre en prose de Raymond-Thimonga comme un roman, ce qui montre et prouve son approche différente de celle de la critique tchèque. Dans le contexte tchèque, où la considération du genre romanesque est influencée par la tradition, de rares critiques, à notre avis, considéreraient le livre de Raymond-Thimonga comme un roman. Malgré sa brièveté, c’est un livre remarquable. Non seulement par son thème, mais aussi par la façon dont le sujet est traité. Envers Dieu, nous pouvons avoir n’importe quelle approche. Mais même dans une société aussi athée que la notre, il s’agit toujours d’un thème trop inquiétant. Et le caractère lapidaire de cette œuvre en prose souligne cette inquiétude.

Pavel Kotrla