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Presse
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Jean-Yves Masson, Revue Europe, n° 738, 1990.
 

    “ L’une des phrases de Lawrence Durell, citées en tête de l’un des chapitre dit assez bien l’impression qu’on garde de la lecture de ce livre : « Je voudrais écrire un livre qui rêve. »  Roman ? nouvelles ? Comment nommer cet ensemble inclassable de huit textes manifestement autonomes, à la vertu incantatoire et poétique prenante, mais liés par la récurrence de personnages, de figures devrait-on dire plutôt, qui traitent de la conscience du temps. Tous les auteurs cités par les épigraphes de chacun des « chapitres », ou presque, sont des poètes : Rilke, Pessoa, Michaux, Guez-Ricord…

    C’est dire à quel point l’écriture de ce livre appartient par toutes ses fibres au domaine de la poésie, à la quête propre de la poésie, avec pourtant très exactement tous les moyens de l’écriture narrative, jusqu’à ce dialogue ultime entre un enfant et une autre voix au corps insaisissable au bord de la mer, qui est d’une extraordinaire beauté.

    (...) On devine dans cette fable un symbole du temps, et de la capacité de l’écriture à en approcher le mystère, échappant aux lois de l’apesanteur qui sont celles de l’usage commun du langage. Le temps n’est pas un fleuve qui coule, n’est pas la flèche qui vole ou le coureur qui s’élance : le temps est immobile, il est un arbre, il n’est que la diffraction d’un instant éternel. Inutile dès lors, de souligner l’ironie du titre, et sa profondeur. Ceux qui ouvriront ce livre n’ont pas fini d’y revenir. “

Jean-Yves Masson


Hugo Marsan, Gai Pied Hebdo, 19 avril 1990.

    « (…) Pour Philippe Raymond-Thimonga, écrire est d’abord un acte de liberté. La littérature n’est pas la copie conforme de nos vies, mais la part éternelle de notre existence prise en charge par les grands mythes de l’humanité. Sous la banalité de nos gestes coule une mémoire éternelle, dont les hasards de l’amour se font furtivement l’écho… Son projet est ambitieux, mais l’auteur a toutes les raisons d’y croire. Son écriture d’une très grande poésie affronte le plus difficile : laisser filtrer entre les mots et les dialogues, au-de là d’une histoire, ce paysage étranger que chaque être habite et qui nous le fait désirer à l’infini de son corps. Cet espoir que nous appelons jeunesses et qui lutte contre la pesanteur, le jeune guerrier en traverse l’espace de son javelot, jusqu’au ciel, le jeune romancier en traverse le temps de son écriture, jusqu’à la mort. »

Hugo Marsan



Philippe Renonçay, L'Autre, n°1, 1990.

    Les lecteurs qui avaient déjà apprécié l'univers singulier de Philippe Raymond-Thimonga dans son premier roman, Abel des Landes, ce monde dans lequel réel et imaginaire se joignent jusqu'à exalter une dimension originale, retrouveront avec cette seconde oeuvre un terrain familier. Car l'auteur poursuit avec fidélité la voie qu'il s'est tracée, et cela sans jamais tomber dans la répétition ou la rupture.

    En guise de roman il nous propose huit textes, huit récits autonomes, complets, portant en eux-mêmes leur drame et leur plénitude.

    Ainsi chaque soir un adolescent vêtu d'un habit de cérémonie, Mathias Delf, est attiré vers un campement de forains où luit le nom de Marilja... Quelques siècles avant Jésus-Christ, à la saison des jeux, des guerriers du Levant et du Couchant se rassemblent sur une plage. Sin-Char, le lanceur de javelot projette bientôt une arme qui s'engage dans une trajectoire incompréhensible, fuyant au zénith une assistance désemparée... Sous le regard vaguement intrigué de leur mères, deux enfants, Mathias et Marie-Ange, se livrent dans un bac de sable à un jeu de leur âge, quoique peut-être meurtrier, et dont ils découvriront plus tard qu'il a imprévisiblement celé leur avenir... Après des années d'absence, Tristan et Guillaume se retrouvent par hasard dans le métro. Ils vont se dévoiler, chaque minute, chaque station un peu plus, jusqu'à comprendre qu'un même secret les lie, un secret presque oublié mais qui est désormais aussi énigmatique et irréfutable que ce javelot que l'on peut voir de temps à autre, antique et vertical, sur les affiches du métro...

    Ce livre n'est pas exactement destiné aux impatients. Il demande à son lecteur autant qu'il lui offre, et je penserais même qu'il fait un peu plus : qu'il y a dans l'ouvrage de Philippe Raymond-Thimonga la tentative d'une contamination du lecteur par le livre lui-même. (...)

    Un faisceau de textes, donc, qui lentement se tissent non pas devant nos yeux, mais au-delà, dans quelques soupentes traversées de lumières, qui ne font pas une histoire plus grande où chaque réapparition deviendrait comme un jeu de piste, mais qui se développent aux bornes du langage, dans un réseau de correspondances, de rapports, comme se rencontrent et se répondent les couleurs d'une toile, ici, en nous, hors de l'espace simple et du temps.

    Livre étrange, tout à la fois réaliste, mystique et fantastique et dont le corps romanesque se tient en dehors des mots ; nés de ceux-ci, conduit au jour par notre lecture et retiré pourtant, transparent. Le roman se tient là, dans ce paradoxe, cette extravagance, cette unité que, derrière l'éclatement volontaire des histoires, l'auteur nous révèle.


    Un roman malgré tout, mais aussi une lumière qui, après, longtemps après, nous laisse tout éblouis.

Philippe Renonçay
 
 


Simone Gallimard
Entretien donné à France-Antilles, 30 mars 1990.


    Phililppe Raymond-Thimonga, auteur brillant sur lequel je fonde beaucoup d'espoir, correspond à tout point de vue à la tradition littéraire du Mercure de France. C'est un véritable écrivain. De père antillais, de mère métropolitaine, il est de culture française et pas seulement. Esprit fécond, l'on sent en lui, disons des pulsions, des élans, venant non pas d'un passé vécu personnellement, mais du tréfonds ; d'un fond héréditaire lui conférant cette alchimie qui vous tient immédiatement sous le charme. Philippe est terriblement vivant. Comme habité par une force intérieure toujours en mouvement. Une certaine manière d'être présent à soi, dépassant largement le cadre historique, culturel, pour ne parler que cela, de la métropole. 

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    Il travaille énormément. Tous les jours. Le travail et encore le travail. En littérature cela compte beaucoup. Il semble bien parti. Nous n'avons pas affaire à des petites histoires « fleurs-bleues » pseudo-romantiques, mais à des romans d'auteur. Avez-vous lu son dernier livre ( L'Eternité de temps en temps ) ? A mon avis, il y a du Pierre Jean Jouve dans l'air. Philippe y fait preuve d'une imagination étonnante et de qualité de visionnaire. Ce qui est le propre du poète comme du romancier. Les deux livres qu'il a déjà écrit font preuve d'une grande maîtrise. Et pour pouvoir écrire ce type de livre, il faut avoir un passé, un érudition et ( ou ) un talent fou. Si Dieu lui prête vie, s'il  continue, si les hasards – mais peut-on parler de hasards – de l'existence n'altère  pas ce « don » pour l'écriture qui est le sien, alors, à la faveur du temps qui passe et encore une fois du travail, il comptera lui aussi comme une des valeurs sûres de notre littérature.
 
 
Simone Gallimard